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Guide · Le boudoir

Déshabillé, peignoir, nuisette, liseuse : les différences

Quatre mots pour les tenues de la chambre, que l'on confond volontiers. La nuisette se porte pour dormir ; le peignoir se passe par-dessus ; le déshabillé, aujourd'hui, réunit les deux ; la liseuse couvre les épaules quand on lit au lit. Ce guide reprend chaque pièce : ce que le mot veut dire, d'où il vient, et comment on la porte.

Lecture : 11 min

L'essentiel en quatre points

  • La nuisette. Une courte chemise de nuit, légère, souvent de soie ou de satin, à fines bretelles. On dort avec.
  • Le peignoir. Un vêtement d'intérieur aux pans croisés, fermé par une ceinture. Le mot vient de « peigner » : c'était d'abord le linge qu'on posait sur ses épaules pour se coiffer.
  • Le déshabillé. À la fin du XVIIe siècle, la tenue d'intérieur, sans corps rigide. Aujourd'hui, une nuisette et son peignoir assorti.
  • La liseuse. Un mot du XIXe siècle : une petite veste qui couvre les épaules, les bras et le buste, pour lire au lit sans avoir froid.

I.Repères

Quatre mots, trois siècles

Le peignoir et le déshabillé datent de l'Ancien Régime ; la liseuse, du XIXe siècle ; la nuisette courte, du XXe.

  1. XVe siècle

    Le « pignoer » est un nécessaire à coiffer ; le « peignouer », le linge posé sur les épaules pendant qu'on se peigne.

  2. XVIIe siècle

    Le peignoir prend le sens de déshabillé.

  3. Fin du XVIIe siècle

    Le « déshabillé » désigne en Europe la tenue informelle ; une gravure de 1695 montre la duchesse de Bouillon en corps lâche et robe de chambre ouverte.

  4. 1750

    L'anglais emprunte « negligee » pour la robe ample des femmes qui ne sont pas encore habillées.

  5. XIXe siècle

    Le peignoir devient aussi le manteau de bain ; le mot « liseuse » apparaît.

  6. Fin des années 1870

    En Angleterre et en France, la « tea gown », robe d'intérieur ample, se porte sans corset pour le thé de cinq heures.

  7. 1930

    « Negligee » prend en anglais son sens moderne : un peignoir léger, transparent et orné de dentelle.

  8. 1942

    La styliste américaine Sylvia Pedlar dessine une chemise de nuit très courte, faute de tissu pendant la guerre.

  9. 1956

    Le film « Baby Doll » donne son nom à cette nuisette courte et ample.

II.Le déshabillé

Le déshabillé : de la tenue du matin à l'ensemble assorti

Femme en nuisette courte de soie rouge bordée de dentelle noire, le peignoir assorti ouvert par-dessus
Le déshabillé d'aujourd'hui : une nuisette et son peignoir, dans la même soie et la même dentelle. Voir l'ensemble.

Le déshabillé désigne d'abord toute tenue d'intérieur, plus libre que l'habit de cérémonie ; aujourd'hui, c'est le plus souvent une nuisette et son peignoir.

Le mot vient de « se déshabiller » : être en déshabillé, c'est ne pas être en grande toilette. À la fin du XVIIe siècle, il désigne en Europe la tenue informelle. Selon Wim Mertens, pour le musée de la Mode d'Anvers, les pièces dites de « négligé » se portent alors sans corps rigide, ou avec un corps peu baleiné, et laissent bouger. Une gravure de Nicolas Arnoult, en 1695, montre la duchesse de Bouillon en corps lâche, robe de chambre ouverte, chemise et jupon.

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la veste et la jupe, d'abord portées chez soi, deviennent le « déshabillé du matin » : on peut sortir avec, pour une promenade. L'anglais emprunte le mot « negligee » en 1750, pour la robe ample de celles qui ne sont pas encore habillées.

En 1935, l'Académie définit le déshabillé comme un vêtement d'intérieur, et cite « un déshabillé du matin » et « un déshabillé galant ». En 1930, « negligee » désigne en anglais un peignoir léger, transparent, orné de dentelle. Dans les boutiques, on appelle aujourd'hui déshabillé l'ensemble d'une nuisette et de son peignoir, dans la même soie et la même dentelle.

III.Le peignoir

Le peignoir : du linge de coiffure à la soie croisée

Femme debout en peignoir long de soie rouge à manches longues, croisé devant et noué à la taille
Le peignoir : des pans croisés, tenus par une ceinture. Ici, un peignoir long en soie, à manches longues. Voir le peignoir.

Le peignoir se reconnaît à ses pans croisés et à sa ceinture ; il se porte par-dessus la nuisette ou la chemise de nuit, jamais pour dormir.

Le mot vient de « peigner ». Au XVe siècle, le « pignoer » est un nécessaire à coiffer ; le « peignouer », le linge qu'on pose sur ses épaules pendant qu'on se peigne. Au XVIIe siècle, le mot prend le sens de déshabillé ; au XIXe, celui de manteau de bain. Wim Mertens le rattache lui aussi à la cape du coiffeur : au XVIIIe siècle, le peignoir reste lié à la toilette du matin, un moment de la vie mondaine chez les gens aisés, et suit la mode.

L'Académie le définit aujourd'hui comme un vêtement d'intérieur en tissu léger, aux pans croisés, maintenus par une ceinture. Elle donne pour exemple « un peignoir de dentelle ». Le même mot nomme le peignoir de bain en tissu éponge, ou la blouse du salon de coiffure : c'est le tissu qui fait la différence.

Court, au genou ou long, le peignoir de soie se porte par-dessus la nuisette ou la chemise de nuit. Le peignoir dit « kimono » emprunte ses manches larges et coupées droit au vêtement japonais ; ce n'est pas un kimono japonais traditionnel.

IV.La nuisette

La nuisette : la chemise de nuit raccourcie

Femme en nuisette courte de soie champagne, à fines bretelles, col en V et ourlet de dentelle
La nuisette : courte, légère, à fines bretelles. Voir la nuisette.

La nuisette est une chemise de nuit courte et légère ; sa forme ample et très courte, le babydoll, date de 1942.

Le mot est formé sur « nuit », avec le suffixe -ette : une petite chemise de nuit. La nuisette est courte, légère, en soie ou en satin le plus souvent, à fines bretelles ; elle s'arrête en général au-dessus du genou, avec parfois des fentes sur les côtés et un décolleté bordé de dentelle.

Sa devancière, la chemise de nuit, apparaît à la fin du XVIIe siècle chez les femmes de la haute société. Au milieu du XIXe siècle, elle s'ajuste au buste sur une jupe ample ; la longue chemise de nuit de coton que l'on dit « victorienne » vient de la fin du siècle. Dans les années 1920 et 1930, elle tombe droit.

En 1942, la styliste américaine Sylvia Pedlar dessine une chemise de nuit très courte, pour répondre au manque de tissu pendant la guerre. Elle n'aimait pas le nom qu'on lui donna : babydoll, d'après le film « Baby Doll », en 1956.

Nos nuisettes en soie et dentelle, et pour la version longue, nos chemises de nuit.

V.La liseuse

La liseuse : une veste pour lire au lit

La liseuse ne se porte ni pour dormir ni pour se lever : c'est une petite veste pour rester assise dans son lit, les épaules au chaud.

Le mot date du XIXe siècle. Il a plusieurs sens : un coupe-papier, un couvre-livre, une petite lampe de chevet. Pour le vêtement, l'Académie le définit comme une pièce féminine qui couvre les épaules, les bras et le buste, « pour lire au lit sans avoir froid ».

Les Anglais disent bed jacket. Courte, coupée comme une petite cape, elle s'enfile et se retire sans quitter l'oreiller. Née au XVIIe siècle pour tenir chaud, elle se coud chez soi en laine tricotée, en flanelle ou en coton. Dans les années 1930, le cinéma la montre en soie, en voile ou en dentelle, sur les épaules des actrices.

La liseuse se fait rare dans les boutiques. Un kimono court en soie, à manches larges, joue le même rôle : il couvre les bras et se passe sur la nuisette.

VI.Le boudoir victorien

Et la robe d'intérieur victorienne ?

À la fin du XIXe siècle, la « tea gown » est la robe d'intérieur des après-midi : ample, sans corset, mais faite pour recevoir.

Le boudoir victorien a sa propre pièce : la tea gown, ou robe de thé. Selon le Fashion Institute of Technology de New York, on la porte chez soi pour le thé de cinq heures, en Angleterre et en France, de la fin des années 1870 aux années 1900. Elle est ample à la taille et ne demande pas de corset, à l'inverse de la robe de jour.

Ce n'est pas un déshabillé : la maîtresse de maison y reçoit, au salon, et l'on assortit sa robe au décor de la pièce. La tea gown de 1898 décrite par le FIT, en taffetas de soie vert doublé de magenta, mêle le goût historique, le japonisme et l'Art nouveau. Pour la tenue de jour, décennie par décennie, voyez notre guide de la tenue victorienne femme.

VII.En un coup d'œil

Les différences, pièce par pièce

Pour dormir, la nuisette ou la chemise de nuit ; par-dessus, le peignoir ou le kimono ; pour lire au lit, la liseuse ; l'ensemble assorti, c'est le déshabillé.

PièceCe que c'estLongueurSe porte
La nuisetteUne courte chemise de nuit, légère, à fines bretelles.Courte, au-dessus du genou le plus souventPour dormir
La chemise de nuitLa version longue, à manches ou à bretelles.Du genou à la chevillePour dormir
Le peignoirUn vêtement d'intérieur ouvert devant, aux pans croisés, fermé par une ceinture.Court, au genou ou longPar-dessus, au lever, au sortir du bain
Le déshabilléUne tenue d'intérieur légère ; aujourd'hui, le plus souvent, la nuisette et son peignoir assorti.Selon les piècesChez soi, le matin ou le soir
La liseuseUne petite veste qui couvre les épaules, les bras et le buste.CourteAssise dans son lit, pour lire
Le kimono de soieUn peignoir à manches kimono, larges et coupées droit.Court ou longComme un peignoir

IX.Lexique

Le vocabulaire du boudoir

Déshabillé
Tenue d'intérieur ; aujourd'hui, ensemble d'une nuisette et d'un peignoir assortis.
Négligé
Tenue d'intérieur, sans corps rigide, à la fin du XVIIe siècle ; en anglais negligee.
Peignoir
Vêtement d'intérieur aux pans croisés, fermé par une ceinture ; d'abord le linge posé sur les épaules pour se coiffer.
Nuisette
Chemise de nuit courte et légère, à fines bretelles.
Babydoll
Nuisette très courte et ample ; dessinée en 1942, nommée d'après un film de 1956.
Chemise de nuit
Vêtement de nuit long, du genou à la cheville.
Liseuse
Petite veste qui couvre les épaules, les bras et le buste, pour lire au lit ; en anglais bed jacket.
Robe de chambre
Vêtement ample d'intérieur, que l'on passe sur la chemise.
Tea gown
Robe d'intérieur victorienne, ample et sans corset, pour le thé de l'après-midi.
Caraco
Petit haut à bretelles ; au XVIIIe siècle, veste de femme portée avec une jupe.

X.Questions fréquentes

Les tenues du boudoir en cinq questions

Quelle est la différence entre une nuisette et un déshabillé ?

La nuisette est une courte chemise de nuit ; le déshabillé, tel qu'on le vend aujourd'hui, est l'ensemble d'une nuisette et de son peignoir assorti.

Peut-on dormir en peignoir ?

Le peignoir se passe par-dessus la nuisette ou la chemise de nuit, au lever ou au sortir du bain ; il n'est pas fait pour la nuit.

Qu'est-ce qu'une liseuse ?

Une petite veste qui couvre les épaules, les bras et le buste, pour lire au lit sans avoir froid ; le mot date du XIXe siècle.

D'où vient le mot peignoir ?

De « peigner » : au XVe siècle, le peignouer est le linge posé sur les épaules pendant qu'on se coiffe ; le sens de déshabillé vient au XVIIe siècle.

Un peignoir kimono est-il un kimono japonais ?

Non : il emprunte les manches larges et coupées droit du kimono, mais se ferme par une ceinture comme un peignoir. Voir nos kimonos en soie.

Sources et pour aller plus loin

Les dates et les définitions de ce guide s'appuient sur les ressources suivantes.

  1. Dictionnaire de l'Académie française, 9e édition, « peignoir »Étymologie (pignoer au XVe siècle, sens de déshabillé au XVIIe, de manteau de bain au XIXe) ; vêtement d'intérieur croisé et ceinturé
  2. Dictionnaire de l'Académie française, 9e édition, « liseuse »Mot du XIXe siècle ; vêtement féminin qui couvre les épaules, les bras et le buste, pour lire au lit sans avoir froid
  3. Dictionnaire de l'Académie française, 8e édition (1935), « déshabillé »Vêtement d'intérieur, dit des femmes ; déshabillé du matin, déshabillé galant ; « en déshabillé »
  4. MoMu, musée de la Mode d'Anvers, Wim Mertens, « Homewear France »Le déshabillé, tenue informelle à la fin du XVIIe siècle ; gravure de 1695 ; négligé sans corps rigide ; déshabillé du matin ; peignoir né de la cape de coiffure
  5. Etymonline, « negligee »Mot anglais attesté en 1750 ; vêtement d'intérieur du matin en 1910 ; sens moderne de peignoir léger et transparent en 1930
  6. Fashion Institute of Technology, Summer Lee, « 1898 tea gown », Fashion History TimelineRobe d'intérieur pour le thé de cinq heures, en Angleterre et en France, de la fin des années 1870 aux années 1900, portée sans corset
  7. Wikipédia (en), « Babydoll »Sylvia Pedlar, 1942, pénurie de tissu ; le nom popularisé par le film Baby Doll (1956)
  8. Wikipédia (en), « Bed jacket »Veste courte pour s'asseoir dans son lit ; née au XVIIe siècle pour tenir chaud ; mise en valeur par le cinéma des années 1930
  9. Wikipédia (en), « Nightgown »Chemises de nuit de la fin du XVIIe siècle ; coupe plus ajustée au milieu du XIXe ; longue chemise de nuit de coton dite victorienne
  10. La langue française, « nuisette »Vêtement de nuit féminin, court et léger ; diminutif formé sur « nuit »

Où voir des pièces d'époque