La robe de mariée blanche, de Victoria à aujourd'hui
Le 10 février 1840, la reine Victoria épouse le prince Albert en robe de satin blanc, couronnée de fleurs d'oranger. Elle n'est pas la première mariée en blanc, mais c'est d'elle que la mode part : en quelques décennies, la robe blanche devient la règle en Angleterre, en France et en Amérique. Ce guide raconte comment, de la dentelle d'Honiton à la robe de 2011.
Lecture : 9 min
L'essentiel en quatre points
Avant 1840. Les mariées royales portent l'argent et l'or ; les autres, une robe de couleur qu'elles remettront. Le blanc existe, mais n'est pas la règle.
1840. Victoria se marie en satin blanc de Spitalfields et dentelle d'Honiton, couronnée de fleurs d'oranger.
Le XIXe siècle. La presse diffuse le modèle ; en 1849, un magazine américain fait du blanc la couleur de la mariée ; en France, Eugénie le confirme en 1853.
Le XXe siècle. La robe blanche suit la mode : robe du soir après 1918, robe de rationnement en 1941, robe de conte de fées en 1981.
I.Repères
La robe de mariée blanche en dates
Le blanc existe avant Victoria ; il devient la règle après elle, et le reste jusqu'à aujourd'hui.
1406
Philippa, fille du roi d'Angleterre, se marie en blanc à Lund, en Suède.
Vers 1750
En France, chez les aristocrates et les bourgeois, des robes blanches brodées d'or ou d'argent concurrencent les couleurs vives.
1816
La princesse Charlotte se marie dans une robe couverte de fils d'argent et d'or.
10 février 1840
Victoria épouse Albert en satin blanc, dentelle d'Honiton et fleurs d'oranger.
1849
Le Godey's Lady's Book, magazine américain, fait du blanc la couleur la plus juste pour une mariée.
1853
Le mariage de l'impératrice Eugénie confirme la robe blanche en France.
1941
La Grande-Bretagne rationne les vêtements : on coud des robes de mariée dans des voilages ou de la soie de parachute.
1981
Diana se marie avec une traîne de 7,6 mètres.
2011
Sarah Burton, pour Alexander McQueen, signe une robe à manches de dentelle et à traîne de 2,7 mètres.
II.Avant le blanc
Avant 1840 : argent, or et robe de couleur
Robe de mariée américaine de 1824, en soie ivoire, à taille haute : seize ans avant Victoria, le blanc existe déjà. Metropolitan Museum of Art. Photo : The Metropolitan Museum of Art, Wikimedia Commons, domaine public (CC0).
Avant Victoria, il n'y a pas de robe de mariée : on se marie dans sa plus belle robe, neuve si possible, et on la remet ensuite.
Selon l'historienne Renée Davray-Piékolek, les noces n'ont longtemps pas de vêtement à part : mariés et invités portent des habits neufs, faits pour servir encore. La mariée met sa robe la plus ornée et tous ses bijoux.
Au XVIIIe siècle, en Grande-Bretagne, les mariées royales et aristocrates préfèrent la soie tissée d'or et d'argent ; les autres choisissent des étoffes de couleur ou à motifs, qu'elles porteront à nouveau. Encore en 1816, la robe de la princesse Charlotte est couverte de fils d'argent et d'or. Pour la robe des grands jours d'une femme ordinaire, on choisit le roux ou le brun, ou encore le gris et le mauve, qui servent au mariage comme au deuil.
Le blanc n'est pas inconnu. Dès 1406, Philippa, fille du roi d'Angleterre, se marie en blanc ; en France, vers 1750, des robes blanches brodées d'or ou d'argent concurrencent les couleurs vives, et à l'époque néo-classique les grands mariages se font en blanc, avec voile et traîne. En 1839, Sophie de Wurtemberg, future reine des Pays-Bas, se marie en blanc. Mais le blanc reste un luxe : il se salit vite, et une robe neuve coûte cher.
III.1840
La robe de Victoria
George Hayter, Le Mariage de la reine Victoria, 10 février 1840 : la reine en satin blanc et dentelle. Tableau : George Hayter, Wikimedia Commons, domaine public.
Satin de soie de Spitalfields, dentelle d'Honiton faite à Beer, couronne de fleurs d'oranger : une robe toute britannique, et toute blanche.
Le 10 février 1840, à la chapelle royale du palais de St James, à Londres, Victoria épouse le prince Albert. Au lieu du manteau d'État de velours cramoisi, elle porte une robe de satin de soie blanc, tissé à Spitalfields, dans l'est de Londres. Sur la tête, pas de diadème : une couronne de fleurs d'oranger.
La robe est garnie d'un grand volant de dentelle d'Honiton, dessiné par le peintre William Dyce et exécuté par environ deux cents dentellières du village de Beer, dans le Devon. Victoria veut soutenir la dentelle faite main, en recul face aux machines ; le blanc la met en valeur. Le corsage a une taille en pointe et de courtes manches bouffantes ; la traîne de satin, longue de 5,5 mètres, est portée par douze demoiselles d'honneur.
La reine remettra sa dentelle et son voile pour d'autres occasions. La robe appartient aujourd'hui à la Royal Collection ; elle a été exposée au palais de Kensington, sans sa dentelle, trop fragile.
IV.Le blanc s'impose
Le blanc devient la règle
Robe de mariée de 1881, sans doute française, en soie prune : quarante ans après Victoria, toutes les mariées ne sont pas encore en blanc. Metropolitan Museum of Art. Photo : The Metropolitan Museum of Art, Wikimedia Commons, domaine public (CC0).
Gravures de mode et magazines diffusent la robe de Victoria ; vers le milieu du siècle, le blanc, le voile et la fleur d'oranger font la mariée.
La presse, les gravures de mode et la publicité diffusent l'image de la jeune reine en blanc. En 1849, le Godey's Lady's Book, magazine américain, écrit que le blanc est la couleur la plus juste pour une mariée, symbole de pureté. Au milieu du XIXe siècle, selon le V&A, le blanc et la dentelle sont devenus l'habit coutumier de la mariée ; le voile et la couronne de fleurs d'oranger aussi.
En France, le mariage de l'impératrice Eugénie, en 1853, confirme cette toilette. Les fleurs d'oranger viennent de France, rappelle Renée Davray-Piékolek : elles remplacent les roses et le romarin en Angleterre, puis dans le Nouveau Monde. Dans les campagnes, le blanc entre par le voile, qui servira ensuite au baptême de l'enfant.
Le blanc reste longtemps un signe d'aisance. Il faut attendre la fin de la Première Guerre mondiale pour que la robe blanche l'emporte en France sur les costumes régionaux.
V.Le XXe siècle
La robe blanche suit la mode
Robe du soir, robe de guerre, New Look, robe victorienne des années 1970, robe de conte de fées : la mariée reste en blanc, mais change de silhouette.
Après 1918, la robe de mariée s'inspire de la robe du soir, en lamé ou en dentelle. Dans les années 1920 et 1930, les grands mariages de la haute société anglaise deviennent des événements publics : en 1933, Norman Hartnell dessine pour Margaret Whigham une robe à traîne de 3,6 mètres.
La guerre change tout. En 1941, la Grande-Bretagne rationne les vêtements ; des mariées cousent leur robe dans des voilages ou de la soie de parachute. Le rationnement prend fin quatre ans environ après la guerre, et le New Look de Dior fait rêver.
Dans les années 1960, la robe de mariée se fait plus jeune ; dans les années 1970, les mariées préfèrent des robes romantiques d'inspiration victorienne. En 1981, Diana épouse le prince Charles dans une robe de conte de fées, à traîne de 7,6 mètres. Dans les années 1990, la robe de mariée renoue avec la mode, et Vera Wang en devient une figure. En 2011, la robe de Sarah Burton pour Alexander McQueen, brodée avec la Royal School of Needlework, associe des manches de dentelle et une traîne de 2,7 mètres.
VI.Aujourd'hui
Un mariage victorien, aujourd'hui
Pour le matin des noces ou la nuit qui suit, la soie blanche et la dentelle prolongent le goût victorien.
Partie de la robe qui traîne derrière la mariée ; 5,5 mètres pour Victoria, 7,6 mètres pour Diana.
Voile
Tissu léger posé sur la tête de la mariée ; dans les campagnes, il servait ensuite au baptême de l'enfant.
Fleur d'oranger
Fleur blanche de la couronne de mariée, symbole de vertu et de fécondité ; venue de France, elle remplace les roses et le romarin.
Dentelle d'Honiton
Dentelle anglaise faite à la main dans le Devon ; celle de Victoria est faite à Beer.
Satin
Étoffe lisse et brillante ; celui de Victoria est un satin de soie tissé à Spitalfields.
Spitalfields
Quartier de l'est de Londres, centre de la soierie anglaise depuis la fin du XVIIe siècle.
Demoiselle d'honneur
Jeune fille qui accompagne la mariée ; douze portent la traîne de Victoria.
New Look
Silhouette de Dior en 1947 : taille fine, jupe ample, qui marque les robes d'après-guerre.
VIII.Questions fréquentes
La robe de mariée blanche en cinq questions
Pourquoi la mariée est-elle en blanc ?
Le blanc était un luxe, signe de richesse ; en 1840, la reine Victoria se marie en blanc, et la presse diffuse son modèle. En 1849, un magazine américain en fait le symbole de pureté.
Victoria a-t-elle inventé la robe de mariée blanche ?
Non : Philippa d'Angleterre se marie en blanc dès 1406, et d'autres mariées le font en 1839. Victoria l'a rendue à la mode.
De quelle couleur étaient les robes de mariée avant ?
Les mariées royales portaient l'argent et l'or ; les autres, une robe de couleur, brune, grise ou mauve, qu'elles remettaient ensuite.
Pourquoi la mariée porte-t-elle des fleurs d'oranger ?
Symbole de vertu et de fécondité, elles couronnent Victoria en 1840 ; venues de France, elles remplacent les roses et le romarin en Angleterre.
Quand la robe blanche s'est-elle imposée en France ?
Le mariage d'Eugénie la confirme en 1853 ; elle l'emporte sur les costumes régionaux après la Première Guerre mondiale.
Les dates et les faits de ce guide s'appuient sur les ressources suivantes.
Wikipédia (en), « Wedding dress of Queen Victoria »Mariage du 10 février 1840 ; satin de Spitalfields, dentelle d'Honiton faite à Beer, dessin de William Dyce ; couronne de fleurs d'oranger ; traîne de 5,5 m ; Philippa en 1406 ; mariées en blanc de 1839
Victoria and Albert Museum, « The Victoria connection »Robe blanche au lieu du manteau d'État de velours cramoisi ; fleur d'oranger ; soutien à la dentelle faite main ; diffusion par la presse
National Museum of Singapore (Roots.gov.sg), « The Wedding Dress: 200 Years of Wedding Fashion from the V&A »Couleurs du XVIIIe siècle ; voile et couronne d'oranger après 1840 ; après 1918, lamé et dentelle ; Hartnell, 1933 ; rationnement de 1941 ; New Look ; années 1970 ; 1981 ; Vera Wang
Encyclopædia Universalis, Renée Davray-Piékolek, « Mariage, histoire du costume »Robes blanches brodées d'or ou d'argent vers 1750 ; le blanc néo-classique ; Victoria en 1840, Eugénie en 1853 ; fleurs d'oranger venues de France ; le voile dans les campagnes ; après 1918, la robe blanche l'emporte sur les costumes régionaux
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